DeepIP, la startup qui attaque le gros morceau de la tech : la propriété intellectuelle
On parle beaucoup d’IA générative pour écrire des e-mails, résumer des réunions ou générer des images de chats astronaute. Mais il existe un terrain bien plus décisif, souvent invisible, et pourtant vital pour l’économie : la propriété intellectuelle, et surtout les brevets.
C’est exactement là que DeepIP débarque. La startup franco-américaine, fondée en 2024, vient d’annoncer une levée de fonds Série B de 25 millions de dollars. Tour co-mené par Korelya Capital et Serena, avec le soutien des investisseurs historiques Balderton et Headline. Au total, DeepIP atteint 40 millions de dollars levés, et affiche un chiffre qui fait lever quelques sourcils : un chiffre d’affaires multiplié par dix en 18 mois.
Pourquoi ça excite autant le secteur ? Parce que DeepIP promet d’automatiser et de fiabiliser un travail que même les équipes les plus solides peinent à suivre : chercher l’antériorité, rédiger, gérer et défendre des brevets dans un monde saturé d’innovations. Spoiler : il y a de quoi faire.
180 millions de brevets : le casse-tête mondial que personne ne veut résoudre à la main
Le point de départ est simple, presque brutal : le cerveau humain ne peut plus rivaliser. Selon DeepIP, il existe environ 180 millions de brevets en circulation dans le monde. Autrement dit, quand une entreprise pense avoir inventé quelque chose, vérifier si l’idée est réellement nouvelle est devenu un sport extrême.
Et ce n’est pas juste un problème de recherche de mots-clés. Un brevet peut décrire la même idée avec une terminologie différente, dans une langue différente, avec des formulations juridiques qui donnent envie de se reconvertir dans l’élevage de chèvres.
Résultat : sans outil puissant, le risque est double.
- Déposer un brevet fragile, facile à contourner ou à attaquer
- Dépenser beaucoup d’argent pour un titre qui ne protège pas grand-chose
DeepIP veut mettre fin à ça avec une approche très claire : utiliser l’IA générative non pas pour produire du texte “joli”, mais pour comprendre le fond des inventions et aider à prendre de meilleures décisions.
DeepIP, c’est quoi exactement ? Une plateforme IA “workflow-native”
DeepIP se présente comme une plateforme logicielle destinée aux ingénieurs, équipes R&D, juristes et avocats en propriété intellectuelle. Son ambition : accompagner l’innovation sur tout son cycle de vie.
Concrètement, la plateforme aide à :
- analyser une idée ou une invention
- vérifier sa nouveauté et sa pertinence stratégique
- accélérer la rédaction de brevet
- préparer des réponses aux objections des offices
- gérer des portefeuilles de brevets multi pays
- surveiller des infractions potentielles à l’échelle mondiale
La promesse est forte, mais ce qui fait la différence, c’est la manière : DeepIP n’est pas une IA à part qu’on consulte “à côté” pour ensuite faire du copier-coller dans un document. La startup a conçu un outil intégré au flux de travail.
Et dans un monde où les outils se multiplient à la vitesse d’un onglet Chrome un lundi matin, cette approche change beaucoup de choses.
L’intégration dans Microsoft Word : l’anti copier-coller qui fait gagner du temps
DeepIP a misé sur un concept simple à expliquer, mais difficile à exécuter : être workflow-native. Traduction : l’IA est là où le travail se passe vraiment.
Plutôt que de forcer les professionnels à jongler entre un chatbot, un outil de recherche, un traitement de texte et un dossier partagé, la plateforme s’intègre directement dans les environnements utilisés au quotidien, notamment Microsoft Word.
D’après DeepIP, cette stratégie se voit dans l’adoption : les taux d’usage seraient 40 % supérieurs à ceux d’outils d’IA “autonomes”. Logique : si l’IA vous oblige à changer d’habitudes, vous la testez une fois, puis vous l’oubliez. Si elle vous fait gagner du temps sans friction, vous la gardez.
Les chiffres qui parlent aux équipes IP : moitié moins de temps, plus de solidité
Dans la propriété intellectuelle, le temps n’est pas juste une question de confort. C’est une question de budget, de vitesse de protection et parfois de survie face à la concurrence.
DeepIP avance des gains concrets :
- Rédaction d’un brevet complexe : de 20 à 25 heures, à environ 12 heures
- Réponse aux objections des offices : de 5 heures, à environ 2 heures et demie
Le plus intéressant, c’est que la startup insiste sur un point : le but n’est pas de faire des brevets plus courts, mais plus robustes. Le temps économisé sert à mieux travailler le périmètre, les revendications, et donc à obtenir des titres plus difficiles à attaquer.
C’est là que l’IA devient un levier stratégique, pas juste une machine à texte.
Pourquoi la “recherche par mots-clés” ne suffit plus
Une grande partie des outils historiques de veille brevets reposent encore sur des logiques de recherche classiques : mots-clés, classifications, filtres. Utile, mais limité.
L’innovation moderne est pleine de synonymes, de formulations indirectes et de brevets rédigés comme des labyrinthes. DeepIP explique s’appuyer sur plusieurs grands modèles de langage fournis par des leaders du secteur, afin d’analyser la substance d’une invention.
L’idée : mieux identifier ce qui compte vraiment.
- Est-ce réellement nouveau ?
- Est-ce différenciant ?
- Est-ce défendable ?
- Est-ce stratégiquement utile à déposer ?
Autrement dit, DeepIP tente de transformer une montagne de documents juridiques en information exploitable. Un peu comme passer d’une bibliothèque sans catalogue à une carte interactive. Sauf que la bibliothèque fait 180 millions de livres.
La surveillance mondiale des infractions : la partie “impossible” que l’IA rend enfin réaliste
Déposer un brevet, c’est une chose. Savoir s’il est enfreint, c’en est une autre.
Pour une entreprise avec des milliers de titres, surveiller le monde réel, les publications, les produits concurrents et les dépôts dans d’autres juridictions est quasi impossible à faire manuellement.
DeepIP veut permettre ce monitoring à grande échelle. Si la promesse tient, on parle d’un changement majeur : transformer le brevet d’un papier qui dort dans un tiroir en un actif vivant, suivi, défendu et exploité.
Et oui, ça implique potentiellement moins de “surprises” du type : “Tiens, un concurrent vient de sortir exactement notre produit, mais avec une virgule différente.”
Une startup fondée par des profils qui connaissent l’IA industrielle
DeepIP a été fondée par François-Xavier Leduc et Edouard d’Archimbaud, respectivement CEO et CTO de Kili Technology, connue pour l’annotation de données pour l’IA.
Ça compte, parce que la propriété intellectuelle est un terrain où :
- les données sont complexes
- les usages sont très normés
- les exigences de fiabilité sont élevées
- les outils doivent s’intégrer à des process existants
Bref, ce n’est pas le meilleur endroit pour bricoler un prototype le week-end et “voir ce que ça donne”. Il faut une approche produit solide et une vraie compréhension des contraintes.
400 clients, 25 juridictions : DeepIP n’est pas un test de labo
DeepIP revendique déjà plus de 400 clients. Parmi eux, des noms qui parlent aux pros : Philips, Dexcom, ou encore le cabinet Mewburn Ellis. La solution est déployée dans 25 juridictions sur cinq continents.
Ce détail est crucial : la propriété intellectuelle est un marché global, avec des règles locales. Une plateforme qui ne fonctionne que dans un seul pays a vite un plafond de verre.
Là, DeepIP montre qu’elle s’attaque directement au niveau international.
La vision qui fait lever les sourcils : déposer un brevet comme acheter un nom de domaine
DeepIP affiche une ambition particulièrement radicale : automatiser quasi totalement la couche technique du dépôt de brevet.
L’idée est résumée par une phrase qui frappe : demain, déposer un brevet pourrait devenir aussi simple que réserver un nom de domaine.
C’est une comparaison audacieuse, parce qu’un brevet implique aujourd’hui :
- de la stratégie
- du juridique
- des interactions avec des offices
- des échanges et des itérations
Mais sur le fond, on comprend le cap : rendre la mécanique plus fluide, plus rapide, plus accessible, tout en renforçant la qualité. Si l’IA “industrialise” la partie lourde, les experts peuvent se concentrer sur la stratégie et la défense.
Ce qui, pour beaucoup, sonne comme la meilleure nouvelle depuis l’invention du suivi de modifications.
À quoi va servir la levée de fonds de 25 millions de dollars
Cette levée de fonds doit permettre à DeepIP :
- de soutenir l’adoption massive de sa plateforme
- d’accélérer son expansion internationale, notamment vers l’Asie
- de renforcer ses capacités d’IA agentique pour prendre en charge des tâches plus complexes
L’IA agentique, c’est l’étape où l’outil ne se contente pas de répondre à des requêtes : il peut enchaîner des actions, proposer des étapes, orchestrer des tâches. Dans un univers où chaque dossier peut comporter des dizaines de documents, versions et exigences locales, l’intérêt est évident.
Ce que ça change pour les entreprises : le brevet devient un actif numérique plus agile
Historiquement, le brevet a souvent été perçu comme :
- un passage obligé
- un coût
- une procédure lente
- une protection parfois floue
DeepIP veut inverser cette perception en transformant le brevet en actif numérique agile : plus rapide à déposer, plus solide juridiquement, mieux surveillé, plus simple à gérer à l’échelle mondiale.
Et si la plateforme devient un standard, l’impact pourrait dépasser le seul confort des équipes IP. Cela peut influencer :
- la vitesse d’innovation
- la capacité à protéger des avantages concurrentiels
- la valorisation d’entreprises deeptech
- les stratégies de licensing
Autrement dit, ce n’est pas juste un outil de productivité. C’est un outil de puissance économique.
Les questions à garder en tête (parce que l’IA ne remplace pas un tribunal)
Même si l’approche est séduisante, il reste des enjeux que tout le monde surveille dans ce type de solution :
- la fiabilité des analyses dans des cas très spécifiques
- la traçabilité des sources et raisonnements
- la conformité aux exigences locales
- la confidentialité des données sensibles
Dans la propriété intellectuelle, une erreur ne coûte pas seulement du temps. Elle peut coûter un marché.
Mais justement, si DeepIP gagne du terrain, c’est parce qu’elle vise le cœur du métier : réduire la charge, augmenter la robustesse, et intégrer l’IA là où les pros travaillent vraiment.
Pourquoi DeepIP pourrait devenir l’infrastructure que tout le monde attendait
Entre l’explosion du nombre de brevets, la complexité mondiale des juridictions et l’arrivée de l’IA générative capable de comprendre le langage technique, le secteur était mûr pour une rupture.
DeepIP arrive avec :
- une traction commerciale solide
- une intégration workflow-native qui évite l’effet gadget
- une promesse mesurable de gain de temps
- une vision long terme de l’automatisation du dépôt et de la gestion
Et accessoirement, une petite fierté : c’est une aventure largement made in France, basée entre Paris et New York. Comme quoi, on peut faire des croissants et des plateformes d’IA qui bousculent un secteur mondial.
Si DeepIP réussit à tenir sa vision, la propriété intellectuelle pourrait passer d’un univers artisanal ultra spécialisé à une industrie assistée par IA, plus rapide, plus lisible, et beaucoup plus scalable.
Et ça, pour un domaine réputé pour sa lenteur, c’est presque de la science-fiction. Mais de la science-fiction brevetable, évidemment.
