5 gouttes d’eau par prompt pour Gemini ? Ce que Google oublie de nous dire sur l’empreinte environnementale de son IA (et pourquoi les experts lèvent les sourcils)

Le débat sur l’eau : Google, vraiment économe ou roi de la communication verte ?

Certaines révélations font l’effet d’une petite onde dans un verre d’eau, d’autres déchaînent de vrais tsunamis médiatiques. Pas étonnant, donc, que l’annonce choc de Google — l’IA Gemini ne consommerait que 5 gouttes d’eau par prompt — ait mis le feu aux réseaux pour les experts en environnement. Mais que cache ce chiffre si rafraîchissant ? Spoiler : ce n’est pas tout à fait la source de vérité annoncée…

L’intelligence artificielle, nouvelle assoiffée de notre ère numérique

Depuis le boom fulgurant de l’IA générative, tout le monde s’est posé LA question : combien consomme-t-elle réellement, cette intelligence pas si immatérielle ?

Il y a peu, une étude a suggéré que l’IA pourrait, à l’horizon 2027, avaler autant d’électricité qu’un pays entier, type Pays-Bas. Quand on y réfléchit, chaque prompt envoyé dans Gemini, ChatGPT ou un concurrent génère certes une réponse instantanée, mais aussi une véritable tempête dans les pompes à eau et à kilowattheure en coulisse.

5 gouttes d’eau par prompt : vérité qui coule de source… ou coup de Com’ ?

Google a frappé fort avec sa toute nouvelle étude maison : chaque prompt traité par Gemini consommerait l’équivalent énergétique de 9 secondes de télévision, soit 0,24 Wh, et, pour ceux qui aiment les métaphores poétiques, à peine 5 gouttes d’eau (0,26 ml) !

Encore mieux : Google affirme avoir réduit d’un facteur 33 l’énergie par prompt depuis 2024, et divisé par 44 l’empreinte carbone. Presque de quoi remplir votre gourde… mais pas votre baignoire, rassurez-vous.

Mais ces chiffres, qui semblent parfaits pour la prochaine campagne de pub écolo, font bondir les chercheurs. Pourquoi ? Parce que, selon eux, Google « cache simplement les informations essentielles ».

Où est passée l’eau cachée ? Les experts ouvrent le robinet

Shaolei Ren, professeur à l’Université de Californie à Riverside (un vrai pro de la question, cité dans le rapport de Google, s’il vous plaît !), dénonce vertement : « Leur étude se concentre sur l’eau utilisée pour le refroidissement, mais zappe allègrement celle, bien plus massive, nécessaire à la production d’électricité des data centers. »

Pour faire simple : imaginez compter les verres d’eau bus à table, mais jamais ceux utilisés pour cuisiner le repas ou laver les casseroles…

Alex de Vries-Gao, doctorant à l’Université libre d’Amsterdam, ajoute que l’analyse de Google ne montre que « la partie émergée de l’iceberg ». En effet, selon l’Agence internationale de l’énergie, près de 60% de la consommation d’eau des centres de données est cachée dans la production d’électricité.

Chiffres et stratégies « vertes »…

Autre astuce de présentation ? L’approche « basée sur le marché » pour évaluer les émissions carbone : Google intègre dans son calcul l’achat d’énergies renouvelables, donnant un vernis écolo à ses chiffres. C’est comme compter les points à la belote en rajoutant les points de l’équipe d’en face ! Les experts rêvent d’une mesure « basée sur la localisation » pour voir l’impact réel sur chaque réseau local.

Enfin, Google reste très flou sur la méthodologie : comment a été calculée la « médiane » des prompts textuels ? Quels sont les chiffres bruts de la consommation en eau et énergie de tout Gemini ? Mystère et boule de data…

Les progrès sont-ils aussi rapides qu’annoncés ?

Tout le secteur promet une IA en route vers une efficacité énergétique (presque) miraculeuse. Google revendique un modèle 33 fois plus efficient qu’il y a un an.

Mais attention, tempèrent les experts : dans l’ombre de ces beaux progrès, la taille et le nombre de centres de données explosent, littéralement, gonflant la consommation nationale d’énergie de près de 4% aux États-Unis rien qu’en 2025. Pas étonnant, dans ce contexte, que la consommation de charbon ait repris des couleurs tout sauf vertes !

L’impact massif, même sans baignoire remplie

0,26 ml d’eau par prompt, ce n’est rien ? Détrompez-vous ! Additionné à des milliards de requêtes quotidiennes, ça finit par sucrer les réserves, surtout dans des régions arides où fleurissent… les data centers !

Côté Europe, l’alerte est lancée : la demande en eau pour le refroidissement des centres de données pourrait, selon GlobalData, dépasser les ressources naturelles disponibles dans certaines régions après les canicules à répétition. De quoi transformer la goutte d’eau IA en source de… tensions sociales !

Microsoft, OpenAI & co : champions (malgré eux) de la surconsommation

Le géant Microsoft, tout à sa stratégie cloud/IA, a vu ses besoins énergétiques bondir de… 168% en un an. Oups pour l’objectif « neutralité carbone 2030 » !

Chez OpenAI, le dernier GPT-5 engloutirait assez d’énergie chaque jour pour alimenter 1,5 million de foyers américains. Plus précisément, on parle de 18 Wh par prompt (bien plus que Gemini !), soit environ 45 GWh par jour pour 2,5 milliards de prompts quotidiens. Pas étonnant que le monde commence à surveiller à la loupe ses ampoules…

Le PDG d’OpenAI, Sam Altman, a d’ailleurs tenté de relativiser, évoquant 0,34 Wh et 0,32 ml d’eau par prompt ChatGPT. Sympa, non ? Sauf qu’à l’échelle planétaire, ces chiffres indivi-duels deviennent tout sauf insignifiants. Et en prime, la méthodologie de calcul est tout aussi contestée que chez Google.

Quand le grand public trinque (au sens propre)

Au-delà des chiffres, la croissance des centres de données grève de plus en plus le porte-monnaie des particuliers. En Ohio, la facture d’électricité d’un foyer type aurait augmenté de 15 $/mois, la faute à la boulimie électrique (et hydraulique) des infrastructures IA.

Cerise sur le gâteau : pour répondre à la demande, de vieux centres à charbon ou méthane sont remis en service, atmosphère rétro garantie… mais bien plus polluante qu’une playlist IA sur Spotify.

Et il n’y a pas que l’électricité : sur les périodes de canicule, un centre de données peut pomper des millions de litres d’eau en un jour — l’équivalent de ce que vous mettriez un petit siècle à boire !

D’ici 2027, selon certaines projections, les data centers IA pourraient engloutir plus de 6 400 milliards de litres d’eau dans le monde. Oui, milliard, avec un « M » comme « Méga-soif » !

Le vrai numérique « green » : info ou intox ?

Face à ces chiffres titanesques, les géants de la tech optent souvent pour la méthode « coup d’éponge » : ils minimisent (malgré les preuves), mettent en avant une soit-disant sobriété promue par l’IA, mais oublient une partie des impacts cachés, sans réelle obligation de transparence.

Du côté des experts, l’heure est à la normalisation des indicateurs. On ne peut plus se contenter d’annonces marketées à base de gouttes d’eau et de cuillères à café. Place aux vrais audits, chiffres bruts, évaluations indépendantes !

Une soif de transparence… et d’actions !

Le rapport de Google, aussi « référencé » soit-il, laisse encore tant d’inconnues sur la table : nombre total de requêtes, impact de la phase d’entraînement des modèles (phénoménal, au passage), méthodologie détaillée…

En attendant que les législations exigent plus de clarté, les spécialistes appellent à ne plus se laisser bercer par des chiffres joliment déguisés. L’avenir de la planète (et la transparence sur l’IA) ne saurait se résumer à 5 gouttes d’eau par prompt.

L’eau, c’est la vie… pour l’IA aussi !

Si la technologie évolue à vitesse grand V, notre responsabilité collective, elle, ne doit pas se diluer. À l’heure où l’IA devient l’un des plus gros consommateurs de ressources naturelles, rester vigilant, exigeant et curieux n’a jamais été aussi essentiel.

Alors, la prochaine fois que vous demanderez à Gemini de rédiger votre lettre de motivation, pensez à lever votre verre… à la prudence écologique (et à ne pas croire sur parole tout ce qui coule de source sur les communiqués des GAFAM) !


Sources principales : Google sur l’impact environnemental de l’IA, rapport (PDF)


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Source : 5 gouttes d’eau par prompt pour Gemini ? Ce que Google oublie de nous dire sur l’empreinte environnementale de son IA (et pourquoi les experts lèvent les sourcils)