L’IA va-t-elle refermer la parenthèse Gutenberg ? Ce que le numérique change vraiment dans notre rapport au savoir

Il était une fois… la parenthèse Gutenberg

Depuis cinq siècles, le savoir se matérialise entre deux couvertures, s’admire sur du papier, s’archive par des bibliothécaires à lunettes rondes et se transmet de professeur en élève façon parchemin. Notre vision de l’apprentissage, de l’information et de l’expertise s’est articulée autour du livre, fruit de la fameuse révolution de Gutenberg. Mais, et si cette ère, dominée par le texte imprimé, n’était qu’une parenthèse dans l’immense histoire de l’humanité ?

Cette idée, c’est celle de la « parenthèse Gutenberg ». Entre l’invention de l’imprimerie et l’explosion d’Internet, notre civilisation a placé le texte fixe, définitif, presque sacré au centre de tout ce qui veut paraître sérieux. Manuel scolaire, traité scientifique, presse d’investigation : si ce n’était pas imprimé, c’était suspect. Un peu comme si apprendre une recette sur YouTube était une hérésie face à l’excellence du livre de cuisine de Mamie…

Pourtant, face à des millénaires d’oralité — de contes modulés selon l’auditoire, d’histoires évoluant à chaque génération — l’ère Gutenberg relève de l’exception. Aujourd’hui, grâce, ou à cause, du numérique et de l’intelligence artificielle (IA), cette parenthèse est en train de se refermer. Mais pas sans débats… et pas sans surprises taillées sur mesure pour notre époque de flux.

Le nouveau règne du flux : vive la performance et le remix !

Bienvenue dans le monde du flux, là où la connaissance ne s’imprime plus, mais se partage à la vitesse de l’éclair sur TikTok, Discord ou WhatsApp. Les mèmes mutent plus vite que les virus (pardon Mr Pasteur), les stories s’évanouissent au bout de 24h, les threads se tordent et se détendent selon les conversations et les bots IA…

Fini le texte figé ! Place à l’éphémère, à l’interactif, à la conversation mixée-remixée. On n’apprend plus uniquement en lisant page après page, mais via un flot d’explications orales, d’extraits vidéos, de réponses synthétisées. D’ailleurs, qui n’a jamais demandé à une IA de résumer un roman au lieu de s’attaquer courageusement à ses 600 pages ?

Là où l’œuvre achevée était la star, c’est désormais le flux continu qui prime : on voit, on écoute, on échange, on personnalise à l’infini. Rien d’étonnant, donc, à ce que des ados pigent davantage la physique sur TikTok en 3 minutes chrono plutôt qu’en restant figés devant un tableau noir. Difficile de leur en vouloir : après tout, c’est le choc du livre contre le retour surboosté d’une oralité numérique.

L’IA, héritière de Gutenberg et fossoyeuse du papier ?

Voici le paradoxe : l’intelligence artificielle a été nourrie par des montagnes de livres, articles, encyclopédies entassées dans des bases de données. Elle est l’enfant prodige de Gutenberg ! Mais voilà… Ce n’est pas pour produire des millions de nouveaux livres en PDF que l’on s’arrache ChatGPT & co. Non, notre usage principal, c’est la conversation, l’assistance vocale, la production d’images, de vidéos, de scénarios, de synthèses…

Le texte perd son statut sacré de « produit fini » pour devenir une matière première malléable. On dialogue, on transforme à la volée, on coupe ici, on recompose là. Le savoir se volatilise sous nos pouces. La parenthèse Gutenberg se ferme en beauté, mais gare aux faux plats : il reste des questions de fond et pas des moindres.

Savoir, vérité, et contrôle des flux : la nouvelle bataille numérique

Lorsque l’imprimerie a déboulé, il y a eu la panique : comment contrôler la diffusion des idées ? Qui signe ? Qui valide ? Qui édite ?

Avec l’IA et les réseaux numériques, la question devient : qui contrôle les algorithmes ? Qui recommande quelle info ? Qui garantit la véracité ou la qualité des contenus qui circulent ? Les anciens filtres — éditeurs, journalistes, enseignants — sont devenus moins visibles, parfois éclipsés par les mystérieux calculs des plateformes et des IA.

Résultat : la presse, l’édition, l’école voient leur monopole voler en éclats. Le savoir s’horizontalise, réinventant des formes de transmission et d’apprentissage qui flirtent avec l’anarchie créative.

Mais, attention, cela ne veut pas dire que la fête est totale. La question de la rémunération des créateurs, de la qualité du contenu, de la traçabilité de l’info reste brûlante. Bref, entre fake news, IA qui hallucinent et info virale sur la cuisson des pâtes, il y a de quoi se brûler les méninges !

Vers un monde hybride : survivre et grandir entre flux et profondeur

Faut-il jeter nos livres aux orties ? Sûrement pas ! L’ère du livre nous a enseigné la réflexion structurée, la capacité d’aller au fond des choses, la discipline de la lecture lente. Une compétence ultra précieuse à l’heure où tout pousse au zapping. Mais rêver d’un retour à 100 % de papier serait aussi réaliste que de vouloir écrire vos DM sur des rouleaux de papyrus.

Le vrai défi, c’est d’apprendre à naviguer dans ce monde hybride : jongler entre la rapidité des flux numériques et la richesse du texte long, maîtriser l’art du scroll tout en savourant celui de la page tournée. L’IA peut être l’alliée des grandes œuvres, le tremplin pour relire Balzac… ou la tentation d’y couper pour gagner du temps dans les transports. Bref, tout dépend de l’usage !

Pour les créateurs, l’aventure continue !

Pour celles et ceux qui écrivent, filment, racontent, la donne évolue : pourquoi ne pas envisager une info, un récit conçu dès le départ pour muter, se transformer, s’enrichir au contact des publics ? Et pourquoi ne pas miser sur l’interactive, l’immédiateté, sans renoncer (de temps en temps !) au plaisir d’un bel ouvrage ?

Le lecteur/spectateur/curieux de 2024 doit être un véritable hybride : capable de remonter les fils, de vérifier les sources, de savourer la nuance mais aussi de survivre à la cacophonie des notifications. Un défi… ou une nouvelle renaissance ?

Et si on refermait la parenthèse, mais en gardant précieusement le livre ?

La parenthèse Gutenberg se referme peut-être, mais elle laisse dans la bibliothèque des trésors à réexplorer. On peut fermer un livre… pour mieux le rouvrir, entre deux scrolls sur les réseaux. Et dans ce monde mouvant, bruyant, ultra-connecté, osons surfer sur la vague numérique avec l’élégance des lettrés et, pourquoi pas, l’humour de ceux qui savent douter.

L’IA n’annonce pas la fin de l’intelligence humaine, mais peut-être la naissance de curieux mieux armés face au déluge de contenus. Finalement, que vous soyez Team livre ou Team flux, l’important est d’avoir toujours soif de savoir, avec ou sans lunettes rondes !

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En résumé : laissez le livre, prenez la télécommande… mais lisez quand même !

La révolution numérique et l’IA ne tuent pas le livre : elles bousculent nos habitudes, remettent au goût du jour des formes de transmission ancestrales et invitent chacun à conjuguer vieux et neuf. Cultivez la curiosité, piochez dans le flux, plongez dans les chefs-d’œuvre… et retournez-y encore ! Les parenthèses, ça s’ouvre et ça se referme, mais rien n’empêche d’en ouvrir d’autres…

Source : L’IA va-t-elle refermer la parenthèse Gutenberg ? Ce que le numérique change vraiment dans notre rapport au savoir