L’utopie d’un internet « propre »… qui salit surtout les libertés
On imaginait l’enfer pavé de mauvaises intentions. Mais parfois, celles qui sont « bonnes » font pire que tout : bienvenue dans le Michigan, où l’Anti-Corruption of Public Morals Act entend « assainir » internet… sérieusement (mais pas sérieusement du tout). Si l’objectif affiché est de combattre la pornographie, la réalité, elle, est un festival de dérapages. Imaginez une tornade qui emporterait tout ce qui ressemble de près ou de loin à la culture numérique pour le recracher à l’âge de la censure pure et dure.
Un projet de loi qui cible bien plus que ce qu’il annonce…
Dès les premières lignes, le texte déborde du simple combat contre les sites porno. On ne vous parle pas ici des seuls Pornhub ou XNXX mais d’une liste hétéroclite où se côtoient :
- ASMR érotique (et sûrement aussi vos vidéos de relaxation préférées),
- gémissements et contenus vocaux sensuels (attention à vos séances de yoga, on ne sait jamais !),
- mangas,
- médias générés par intelligence artificielle,
- clips audio,
- flux live…
Bref, toute une génération de créateurs pourrait se retrouver sur la sellette pour un soupir jugé trop suggestif ou un manga un peu coloré. Eh non, mesdames et messieurs, même le célèbre Cinquante nuances de Grey ne serait pas à l’abri. La tentation de ranger « l’obscénité » partout finit par interdire tout et n’importe quoi.
La dérive : les droits trans dans le viseur
Mais ce qui fait vraiment frémir, c’est que le projet de loi inclut le « transgendérisme » dans sa définition de l’obscénité. Pardon ? Oui, vous avez bien lu.
Dans un gloubi-boulga législatif, la lutte contre le porno devient soudainement une attaque frontale contre une communauté entière. De quoi provoquer une indignation logique chez tous les défenseurs des droits humains. Non seulement la formulation est floue, mais cette mention potentielle ouvre une boîte de Pandore de discriminations. Quand la morale se fait boussole, il ne reste plus trop de place pour la liberté numérique… ni pour le respect de chacun.
Les VPN, nouveaux ennemis publics numéro un ?
Dans leur croisade, les législateurs républicains du Michigan ont déniché l’arme secrète de la résistance sur internet : les VPN (Virtual Private Networks).
Leur raisonnement ? Si la loi veut filtrer internet, il suffit malheureusement de deux clics et d’un VPN pour faire tomber n’importe quel barrage. La riposte est donc aussi simple qu’effrayante : interdire tout bonnement les VPN.
Mais là encore, on tombe dans l’excès. Rappelons à nos chers défenseurs de la morale que les VPN…
- servent à la sécurisation des connexions sur les réseaux publics (bonjour le WiFi de la gare !),
- protéger la vie privée (adieu traçage de pub intrusive),
- accéder à distance à des réseaux professionnels (coucou les télétravailleurs en pyjama).
Bref, interdire les VPN parce qu’ils embêtent une loi bancale, c’est comme interdire les parapluies parce que certains en profitent pour frapper leur voisin quand il pleut. (On vous jure que ce genre de logiques existe…)
La France, une inspiratrice malgré elle
Faisons un petit détour en France, où l’autorité Arcom a imposé une stricte vérification d’âge pour accéder aux sites pour adultes. Que s’est-il passé ? Les géants du secteur – Pornhub, XNXX, Xvideos – ont préféré bloquer l’accès aux français·es plutôt que d’installer un système intrusif.
Résultat des courses :
- Le public français s’est précipité sur… vous l’avez deviné, les VPN !
- ProtonVPN a vu son nombre d’utilisateurs grimper de 1800% (oui, 18 fois plus) en une seule journée,
- NordVPN, très adulé chez les geeks, a gonflé son trafic de 300% en quelques heures.
Même Free s’est invité à la fête en lançant sa propre offre de VPN gratuit, provoquant un petit vent de panique chez les gestionnaires du blocage et offrant un joli sujet de moquerie pour Xavier Niel sur X (ex-Twitter).
La moralité ? Plus on tente de fermer la porte, plus la technologie invente une fenêtre – et parfois, ce sont carrément de grandes baies vitrées.
Une censure aussi floue que dangereuse
Au-delà des problèmes immédiats, ce projet de loi est un cas d’école sur les dangers d’une législation trop vaste et mal ficelée. Entre
- contenus ASMR problématiques,
- la censure potentielle sur la création artistique (bye bye, les mangas coquins !),
- la stigmatisation des personnes transgenres,
- l’atteinte à l’utilisation légitime des VPN,
la recette finit par ressembler à une grosse soupe de libertés mijotée à la sauce puritaine.
Des failles juridiques qui inquiètent : qui sera visé demain ?
Parce qu’en légiférant de manière aussi large, qui peut dire ce qui sera visé demain ? Aujourd’hui l’ASMR sexy, demain la chanson d’amour, après-demain une scène de film considérée comme « trop chaude »…
Et alors que Twitter, TikTok ou Twitch hébergent parfois des contenus sensoriels ou suggestifs, leur modération pourrait devenir un vrai parcours du combattant. Les plateformes ne pourront tout simplement plus anticiper les débordements de la loi. Même la satire, l’art, l’humour et l’expérimentation sonore pourraient en pâtir. Une onde de choc qui dépassera de loin le Michigan.
Des conséquences qui dépassent les frontières américaines
Ce genre d’initiative n’est pas sans rappeler les tentations similaires en Europe – la France en tête, mais pas la seule –, où les politiques brandissent la morale comme argument massue. Or, la lutte contre la pornographie ou les contenus choquants, parfaitement légitime dès lors qu’elle vise effectivement à protéger les mineurs et les plus vulnérables, ne saurait justifier l’écrasement des libertés publiques ou des outils de sécurité numériques.
Si l’on commence à effacer tout ce qui pourrait heurter la sensibilité d’un tel ou d’un autre, on finit par naviguer sur un internet aseptisé, froid, où plus rien – ni le bien, ni le mal – ne trouve place. On passera plus de temps à contourner les interdits qu’à savourer la richesse créative du web. Et le public, toujours aussi ingénieux (notamment grâce aux VPN), trouvera tôt ou tard comment contourner de nouveaux verrous.
L’art du rétropédalage politique
Face à la contestation (et à la moquerie générale), le député Joshua Schriver a vite tenté une pirouette. Le but, assure-t-il, serait désormais « uniquement d’éradiquer la pornographie » et rien d’autre.
Vous y croyez, vous ? Rappelons qu’une fois gravée dans le marbre, la loi ne fait pas la différence entre un créateur de contenus ASMR, une œuvre artistique japonaise ou une vidéo éducative. L’impréparation et la précipitation, largement pointées du doigt, montrent que les droits numériques, tout comme la morale, méritent mieux qu’un texte écrit à la va-vite.
Et si cette loi du Michigan ne passe pas, d’autres initiatives du même genre risquent forcément de germer un peu partout. Comme une plante envahissante impossible à déloger, la morale législative s’accroche à toutes les fissures.
Libertés numériques défendues, humour sauvé (du moins pour le moment)
Alors que la technologie avance à la vitesse d’un TGV et que la créativité du web ne cesse de surprendre, la tentation de mettre des barrières partout ressemble surtout à une solution pour le passé, pas pour l’avenir.
Parce que protéger sa vie privée, s’offrir un peu de relaxation ASMR, discuter de sujets de société ou partager un manga coloré : tout cela participe de la vitalité d’un internet libre.
Se priver de VPN, c’est comme refuser d’ouvrir ses volets sous prétexte que la lumière du soleil pourrait « trop éveiller » la maisonnée… Un peu radical, non ? Oh, et pour les amateurs d’humour grinçant, de personnages hauts en couleurs ou de bruitages farfelus sur Twitch… rassurez-vous, tant qu’il y aura internet, il y aura toujours un moyen de rire – et de contourner la censure.
En résumé ? Quand une armée de législateurs veut sauver la morale à coups de bulldozer, c’est toute la subtilité et la diversité du web qui en font les frais. Et dans le Michigan comme ailleurs, il serait peut-être temps de s’offrir un VPN… (Mais ne le dites à personne, on pourrait être hors-la-loi !)
Source : Presse-citron
